mardi 2 juillet 2019

sortir du cadre



Voyager c'est traverser des villes dont la décoration peut quelquefois déroger aux standards classiques. Les tags ne sont pas à regarder avec dédain. Ces gravures éphémères sont le reflet de quelque chose. Souvent elles détournent l'objet sur lequel elles sont peintes. J'ai trouvé amusant de présenter un florilège de ces gravures. Elles ont plusieurs points communs, il est difficile de les dater, il est encore plus difficile de les identifier à un lieu. Elles ont toujours un caractère humoristique.

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le chien qui dort


le chien qui dort




vallée des rois


La plaine qui s’étale sur le versant sud de la chaîne des Balkans, et au nord de Kazanlak abrite un grand nombre de tombes des rois Thraces.

Une première hypothèse, considère que les Thraces sont présents dans la région des Balkans plus de 5 000 ans avant notre ère : il n'y aurait alors pas eu de réelle rupture depuis le néolithique chez ce peuple, et leur société se serait complexifiée sur place au fur et à mesure. La seconde hypothèse privilégie les apports exogènes, en l'occurrence Indo-européens, et considère que les Thraces ne sont venus des steppes ukrainiennes que vers le début du IIe millénaire 
av. J.-C.

Les Thraces étaient composés de plusieurs centaines de peuples différents selon les témoignages qui nous sont parvenus, sans qu'on puisse savoir toujours exactement qui sont ces peuples.

On trouve la première mention des Thraces dans l'Iliade d'Homère : ils sont alors les alliés de Troie. L'ensemble thrace était composé de nombreuses tribus, capables de se réunir en temps de guerre dans un seul État centralisé, ce qui faisait de leur puissance un potentiel contre-pouvoir face à l'Empire romain. Ils furent néanmoins vaincus par les romains.

Les Thraces considèrent que l'esprit et le corps ne font qu'un. Ce qui contraste avec la conception des Grecs chez qui les deux sont séparés, le corps étant une punition pour l'âme qui elle est immortelle. Cette conception thrace se retrouve également dans leur pratique de la médecine. Les Grecs rapportent que les guérisseurs thraces ne conçoivent pas la guérison du corps séparément de la guérison de l'âme. L'immortalité occupe une place centrale chez des Thraces. Ils croient que les âmes des défunts retourneront au monde sous une forme humaine ou animalière, ou bien qu'ils accèdent à un monde divin supérieur . Ceci se retrouve dans leur rituels et sépultures.

La vallée des rois est le nom qui a été donné par les archéologues à la vallée de Kazankalak dans laquelle un millier de sépultures ont été identifiées, et une centaine seulement fouillées entre 1992 et 1997. Ces sépultures sont celles de membres de l'aristocratie thrace.

Nous avons pu visiter plusieurs tombeaux. Ils datent approximativement de 400 av.J.-C. Nous trouvons à 3Km de Chipka le bureau d'information sur le premier site. Nous sommes accueillis par un guide parlant parfaitement français. Il nous parle avec nostalgie de Paris qu'il a connu à l’époque de Belmondo, Delon. Pas du Paris de maintenant nous précise-t-il.

"Helvetia"


Helvetia n°1 entrée
Helvetia n°1 chambre

















Le premier tombeau nommé « helvetia » emprunte son nom aux mécènes helvètes qui ont permis son étude et sa conservation (renforcement, humidité contrôlée). La tombe est construite avec des blocs de granit parfaitement ajustés. L’entrée et la chambre principale sont revêtues d'un enduit qui imite le marbre, et dont le brillant et le grain très fin toujours parfaitement perceptible provient de l'adjonction de cire d'abeille. Dans l'entrée a été découvert la dépouille d'un cheval probablement sacrifié lors de l'enterrement. Ce monument a été pillé dans l'antiquité.

La seconde tombe présente sensiblement la même disposition dont les murs sont un parfait assemblage de blocs de granit qui s’emboîtent parfaitement.


Helvetia n°2 voûte
Helvetia n°2 entrée














Helvetia n°2 assemblage à joints vifs





Chouchmanets


Chouchmanets maquette



A quelques centaines de mètres se trouve le tombeau dit de Chouchmanets. Il se distingue par son antichambre soutenue par une colonne. C'est une disposition unique. Il y a aussi une colonne dans la chambre funéraire. Cette chambre était fermée par des portes en marbre articulées sur des anneaux de métal. Elles sont ornées de symboles solaires et portent des traces de peinture rouge.




Chouchmanets entrée
Chouchmanets détail du porche
















Tombeau Goliama Kosmatka


objets découverts


A 1 km au sud de Chipka se trouve le tombeau de Seuthes III. C’était un roi contemporain d'Alexandre le Grand. La salle funéraire a été creusée dans un bloc de granit de 60 tonnes ! Les fouilles ont été réalisées en 2004 et ont livré des objets intéressants notamment une tête en bronze qui a permis d'identifier Seutes III.











couloir et chambre
assemblage de la voûte





















portes de la chambre
détail porte : Hélios

détail porte : Meduse

























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Kazanlak


Kazanlak en 1944


Au nord de Kazanlak se trouve le tombeau Thrace le plus célèbre, car classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Il a été découvert en 1944 par des militaires qui tentaient de creuser un abri anti aérien. Ce tombeau dispose également d'une chambre funéraire ronde fermée par des portes en pierre, mais la voûte est ornée d'une fresque remarquable. Cette fresque représente probablement une cérémonie funéraire accompagnée d'agapes. Les murs sont peints en bandes de couleurs noire, blanche et rouge. L'original du tombeau ne se visite plus car trop fragile, c'est donc une reconstitution parfaite à laquelle on accède.








plan
entrée











couloir

détail de la voûte

voûte peinte


































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lundi 1 juillet 2019

Col de Chipka


vue du col de Chipka


Col de Chipka


Ce col, à 1190m d’altitude, situé quasiment au milieu de la chaîne des Balkans, relie la plaine du Danube au nord et la plaine de Thrace au sud. C'est à une trentaine de km au nord de Kazanlak.

en montant vers le col
depuis le versant sud
Il est un des hauts lieux chargé d'histoire de la guerre russo-turque de 1877-1878.

En avril 1876 les tentatives diplomatiques pour résoudre « la question bulgare » ont échoué. La Russie déclare la guerre à l'empire ottoman, et le 22 juin 1877 l'armée Russe franchit le Danube près de Zimnitch-Svichtov. L'avant garde de cette armée à laquelle sont rattachées les compagnies de volontaires Bulgares se dirige vers le col de Chipka.

monument célébrant le tsar Alexandre III






Le général Russe Soletov est conscient du déséquilibre des forces. Le 20 août 1877 il envoie une dépêche au quartier général qu'il termine par ces mots : Le théâtre des opérations sera ici, l'inégalité des forces est très grande ».

Le choc a lieu avec les troupes ottomanes qui sont surprises de la pugnacité des Russes. Suleyman Pacha qui les commande écrit le 23 août 1877: « Nous n'avons pas réussi aujourd'hui à nous emparer des fortifications des russes, mais ils ne pourront pas tenir encore longtemps. S'ils ne prennent pas la fuite cette nuit nous recommencerons nos attaques et j’espère réussir par la grâce de Dieu ».

col de Chipka
La bataille se poursuit dans des conditions épouvantables. Journal du 94ème régiment d'Enissei : « le nombre de gens qui ont les pieds ou les mains gelés atteint des proportions effrayantes. La liaison avec le Mt St Nicolas est rompue à cause de la tempête. Par endroit il est impossible d'allumer du feu. Les vêtements des soldats forment une croûte de glace, ils ne peuvent pas remuer leurs mains la marche est très difficile ».

C'est en décembre qu'a lieu l’offensive générale de l'armée russe. Le village de Chipka où s'abritait le camp turc est pris par les russes. L'offensive amènera l’armée russe aux portes de Constantinople. Le traite de paix de San Stephano est conclu le 3 mars 1878. L’État Bulgare réapparaît sur la carte de l’Europe.

Obélisque



Une tour en pierre de 31M gardée par un lion en bronze -symbole de l’état Bulgare- est érigée en haut d'un escalier de 900 marches. Cette tour appelée tour de la liberté commémore les 20 000 russes et volontaires Bulgares qui ont laissé la vie sur ce site.

(le lion de bronze n'est pas visible sur la photo de la tour actuellement en travaux. C'est un lion de granit situé en bas des marches qui est photographié)

 
le lion brisant ses chaînes


La cathédrale de Chipka


la cathédrale
iconostase



Cette cathédrale a été inaugurée en 1902. Elle a été bâtie sur le modèle des églises russes du XVIIème en hommage aux soldats russes et aux volontaires bulgares tombés lors de la bataille de Chipka.

Dans la crypte 17 sarcophages de marbre contiennent les restes des soldats. Ses bulbes dorés tranchent sur le vert des forêts.






les bulbes de la cathédrale

Bouzlouddja


Bouzlouddja vu du col de Chipka
Du col de Chipka on aperçoit une soucoupe volante, sortie de starwars, flanquée d'un obélisque, posée à 1 400 mètres d'altitude sur l'un des sommets de la chaîne du Balkan.

Le choix de ce lieu et de cette construction résulte de la rencontre d'une idéologie et d'une histoire. Sur cette montagne, un des héros du Réveil national bulgare, Dimitar, avait mené avec ses troupes de haïdouks la lutte contre les Turcs en 1868. Il y a trouvé la mort, dix ans avant l'indépendance de la Bulgarie. Ce fut aussi un des hauts lieux de la résistance antifasciste contre le régime du roi Boris III, jugé trop favorable aux nazis. Mais surtout, en 1891, quelques dizaines de socialistes y fondèrent un parti qui allait devenir le parti communiste bulgare, ce qui incitera Jivkov, le secrétaire général du parti qui domina le pays entre 1954 et 1989, à ériger ce monument pour les 90 ans du parti unique.

Les travaux de Bouzloudja ont été lancés dès 1974. À l'époque, la Bulgarie, s’éloignait du grand frère soviétique pour redécouvrir son passé national, en particulier l'héritage Thrace.

La soucoupe volante, plébiscitée dans un pays fou de science-fiction depuis les exploits de Gagarine – le dôme fut souvent reproduit sur la pochette de différents albums –, renvoie également à la forme des tombeaux thraces, dont certains vestiges venaient d'être découverts dans ces basses vallées.

Dès 1990, la fresque qui représentait Jivkov est effacée, puis le monument est devenu inaccessible. Il connaît le sort des bâtiments inutiles : vandalisme, visiteurs clandestins, snowpark ou basejump improvisé, graffeurs. Il n'est accessible que de l’extérieur, les entrées sont murées, mais on aperçoit une toiture éventrée et des fissures suintantes d'eau croupie.

Il témoignage d'une autre époque qui confirme à quel point le passé nous devient parfois vite incompréhensible, aussi obscur que s'il s'était déroulé sur une autre planète.

Pour aller plus loin : Bouzloudja, crépuscule d'une utopie, Adrien Minard. Éditions B2.











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